Lundi 19 février : Branle bas de préparatifs dès 8h00 du matin sur la parking de l'hôtel. Les véhicules et remorques sont entièrement vidées, réorganisées et remplies. Telle une ruche l'équipe Biotreck s'active sur un ultime préparatif. A 11h00, je demande à mon copain Lofti, chauffeur de taxi, de nous diriger par la route la moins encombrée jusqu'à la mairie de Tunis où nous attend mon ami Abbes. Juste avant midi le convoi s'engage dans la splendide Cour d'Honneur de la mairie de Tunis. Les 4 véhicules sont placés prêts pour le grand départ officiel, les équipes de tournage se mettent en place, tout en sympathisant avec la presse locale venue couvrir notre départ.
A 12H30, Abbes Mohsen, maire de Tunis sort de réunion, accompagné de son excellence l'ambassadeur de France à Tunis, du député Marseillais Mr Blum et d'une délégation Française. Chaleureuses retrouvailles avec Abbes, je présente mon équipe à nos hôtes distingués, puis je leur présente nos véhicules et surtout nos deux Traction-Avant " Escargot " et " Scarabée ".
Nous nous dirigeons à l'arrière de " Scarabée " pour présenter la grande première technique que cette auto va réaliser. Un bidon de 54 litres de biocarburant est positionné près de mon réservoir : " je vous annonce avec plaisir notre premier ravitaillement en biocarburant pour cette expédition Biotreck Africa !…
En effet, " Scarabée " va fonctionner pendant 5 mois avec de l'essence classique mélangée à 15% de bioéthanol ETBE fabriqué par Lyondell et réparti tout le long de notre parcours par notre partenaire Total. Chaque bidon de 54 litres nous permet de parcourir entre 2.500 et 3.000 km sur cette proportion de 15%. Nous avons 14 tonnelets qui sont répartis sur notre parcours, et qui nous permettrons de démontrer que contrairement en Europe où la plupart des stations service délivrent une essence sans plomb mélangée à 2 ou 3% maxi de ce biocarburant, une mécanique simple comme la Traction-Avant peut sans aucune modification fonctionner très bien à 15%.
La séance de séparation est émotionnelle, je sais que nous ne pouvons qu'aller de l'avant désormais. Abbes et son invité Mr l'ambassadeur de France nous témoignent leurs sincères encouragements. Le challenge qui nous attend, autant physique, mécanique, administratif que professionnel est, nous le savons, pas simple. Mais le seul risque dans la vie, c'est de ne rien risquer…
13H30 : Abbes Mohsen agite le grand drapeau Tunisien pour donner le départ de cette aventure Biotreck Africa. Les flash crépitent, les moteurs vrombissent, les sourires s'affichent. Première à droite, puis au rond point à gauche, direction Béjà, puis le Kef…
14H00 : le convoi se sépare comme prévu. Le 4x4 " Spartacus " de l'équipe Grenade part devant pour rejoindre Tozeur ce soir. Ils ont trois jours de tournage sur le sujet de ce programme de biocarburant produit localement sur la base des excédents de dattes. De notre côté, avec " Popeye " et les deux Traction, nous progressons doucement vers le Kef, au rythme des prises de vues, des rencontres des anecdotes… Nous avons rendez vous avec le Dr Moncef Ben-Hammouda, membre de l'élite agricole de Tunisie…
Peu après le site des ruines romaines de Dougga, nous passons devant une superbe porte romaine, vestige d'un riche passé du temps des Carthaginois. Impressionnante vision que cette porte d'un autre millénaire posée là au milieu de nul part, sur un bord de route nationale..
19H00 : nous arrivons à l'entrée du Kef, sur une hauteur de 800 m d'altitude. Tandis que nous discutons avec les deux officiers de la garde nationale, Moncef arrive avec son ami paysan Mohamed. Nous commençons le contact par une longue discussion philosophique passionnante d'une heure autour d'un thé noir, dans le petit café local. Puis nous suivons nos hôtes sur une longue piste de plusieurs kilomètres jusqu'au bâtiment de ferme de Mohamed, trônant au cœur de ses 240 hectares. Nous établissons rapidement le premier campement Biotreck dans la cour de ferme, au milieu des dindes, poules, chiens et autres paons. Puis lotis serrés dans une des pièces de la ferme, autour de succulentes dégustations locales et un bon thé noir, nous reprenons, tous emmitouflés, notre discussion passionnante.
Moncef nous explique dans une grande sagesse les règles de base de l'Islam, de sa façon de construire sa vie et celle de ses proches. Il évoque avec respect la relation qui existait entre Juif, Islamiques et chrétiens avant le début du 20ème siècle. Comment cette relation a régressé, alors que les modes de fonctionnement séculaires offraient d'antan une vie de paix entre les peuples, comment les gouvernements de l'époque avait organisé le respect mutuel entre les religions. Moncef nous explique quel est sa définition de l'amour, du mariage. Comment il ne peut concevoir de vivre avec une femme, s'il n'était pas capable de sacrifier ses propres besoins à ceux de sa femme. S'il restait une seule orange sur la table, obligatoirement il la donnait à sa femme, sans aucun partage. Pour lui, l'amour ne se dit pas, jamais par les mots. L'amour se ressent. Il existe où il n'existe pas. Le dire, c'est le dénaturer. Moncef nous explique aussi qu'il n'acceptera jamais la critique de ses pairs, scientifiques Tunisiens qui sont partis faire des études aux USA, France ou Angleterre, grâce aux bourses Tunisiennes et qui une fois installés là-bas, se permettent de critiquer leur pays et ceux qui le font vivre. Moncef acceptera toujoursd la critique d'un Tunisien quelqu'il soit, vivant dans son pays, mais n'a aucune leçon à recevoir des Tunisiens vivant à l'étranger. Car pour lui, l'histoire d'un pays est écrite par ceux qui restent, et non pas par ceux qui partent…
1h00 du matin, chacun s'engouffre dans son duvet. Il fait froid, presque zéro. Nous sommes loin de réaliser ce voyage dans les meilleures conditions matérielles, mais déjà par ses rencontres nous nous enrichissons. Je ne peux qu'espérer que cette série de rencontres se poursuivent. Nos ancestrales Traction-Avant sont la clé de ses contacts. Ces contacts son notre énergie.
Nous dormons dans la cour d'une ferme tunisienne, il fait froid, les chiens aboient. Malgré mes proches qui me manquent, je suis heureux. Le plus beau jour de ma vie, c'est toujours aujourd'hui.