Dimanche 18 février : Avec Olivier et Ulla, nous stoppons le 4x4 " Popeye " à l'entrée du port de Sidi Bou Said à 6h00 du matin. Mr Lassad, représentant le ministère de la communication de Tunisie nous rejoint peu après avec les autorisations officielles de tournage organisées hier avec madame Malki. Pendant 3 heures, nous enregistrons un sujet pour l'émission de LCI nautisme prévue pour le 10 mars prochain, ainsi qu'un magnifique portrait de Chérifa, la seule femme pécheur de Tunis et sa région depuis 25 ans.
Le contact avec les pècheurs traditonnels du port de Sidi Bou Said est excellent et convivial. Azdine, essaye de m'apprendre la réparation de ses filets de pêche, mais en vain. Je suis loin d'avoir sa dextérité et sa patience. Rigolade partagée.
A Midi Cherifa nous demande de passer chez elle, à 1 km d'ici sur la côte, à côté d el'hotel Amicar. Nous rencontrons son mari Riahi, son fils Khaled et sa fille Inès qui donne le biberon à Yassine, le petit dernier de 6 mois. Leur maison est blanche propre et pauvre. Mais d'une incroyable jovialité. Chérifa le sourire au coin prépare un couscous de poisson, avec les 2 seuls poissons qu'elle a pêché ce matin.
Installés dans le salon autour d'un bon thé à la menthe, nous discutons de la relation entre le Tunisien et la mer. A ma gauche, sur le grand téléviseur Sony, la chaîne satellite Alzaoula des Moujahidines Irakiens… Alors que la discussion bat son plein je reste figé devant ces images en série défilant sur une musique traditionnelle arabe joyeuse et entraînante. Il s'agit d'images amateurs prises par les combattants anti-américains qui filment les véhicules et soldats américains qu'ils font sauter lors d'embuscades.. Cela ressemble à des films d'Hollywood, sauf que là, tout est vrai. Chaque séance d'explosion passe 2 ou 3 fois, au ralenti, pour bien montré avec un cercle rouge les emplacements de bombes, qui explosent au passage de véhicules blindés ou autres 4x4 américains. Je ne sais que penser. Cette famille est totalement pacifique mais comme beaucoup d'autres familles arabes, ils ont leur opinion sur ce qui se passent en Irak avec l'invasion des Américains. Je respecte cette opinion, même si ces images tristement percutantes sur cette musique joyeuse me laissent dubitatif. Nous n'avons pas accès en France à ce genre d'images qui sont toujours censurées. J'ai toujours pensé que la meilleure façon de connaître un pays et d'en comprendre les opinions, est de rencontrer les gens qui y habitent. Si possible chez eux, dans leur environnement quotidien. C'est pour moi la seule définition du voyage : la rencontre avec les gens.
Dans l'après midi je repars avec Dominique pour récupérer nos deux Traction chez Hamid. Le ventilateur d' " Escargot " est réparé, le moteur de " Scarabé " est remonté et tourne à nouveau comme une horloge... La saleté de carburant Français a été vidangée de mon réservoir et remplacée par une bonne essence tunisienne. Ma Traction roule à la perfection. J'ai eu raison de faire confiance à ce mécanicien Tunisien, que je ne connaissais pas il y a 2 jours. Rien de pire que les préjugés pour ne pas avancer dans la vie. Ce soir est notre dernier soir avant la grande inconnue. Demain, nous partons pour de bon vers le sud…